Leurs découvertes ont changé le monde, mais leurs noms ont souvent disparu des manuels.
L’effet Matilda désigne ce mécanisme d’invisibilisation des femmes scientifiques, un biais ancien où leurs travaux sont attribués à des hommes ou simplement oubliés.
Un phénomène aussi systémique qu’injuste, encore perceptible aujourd’hui...
Aux origines d’un terme oublié :
L’expression « effet Matilda » a été forgée en 1993 par la sociologue des sciences Margaret W. Rossiter.Elle fait référence à Matilda Joslyn Gage (1826–1898), une militante féministe américaine du XIXᵉ siècle, pionnière dans la défense des droits des femmes et de leur place dans la science.
Matilda Gage dénonçait déjà le fait que les femmes inventrices et chercheuses soient systématiquement ignorées ou dépossédées de leurs découvertes.
Un siècle plus tard, Rossiter donne son nom à ce biais persistant : l’idée que les contributions féminines dans la recherche scientifique sont minimisées, niées ou réattribuées.
Gravure de Matilda Joslyn Gage - XIXe siècle
Un mécanisme d’invisibilisation
L’effet Matilda ne résulte pas d’un seul facteur, mais d’un ensemble de mécanismes culturels et institutionnels :
- Exclusion historique des femmes des universités, laboratoires et académies.
- Préjugés de genre, assimilant la rigueur scientifique à des qualités masculines.
- Crédits scientifiques attribués aux hommes, en raison de hiérarchies inéquitables.
- Médiatisation biaisée, qui glorifie les figures masculines et oublie les collaboratrices.
“Notre système tout entier était en quelque sorte truqué contre eux. [...] On trouvait rarement un homme ou quelqu'un qui les encourageait.”
Ce phénomène agit comme une érosion lente de la mémoire collective : les découvertes féminines se diluent dans le récit scientifique, jusqu’à disparaître complètement.
Photographie de Margaret W. Rossiter
Des conséquences durables
L’effet Matilda n’est pas seulement une injustice symbolique : il a des conséquences concrètes sur la science et la société.
- Il décourage les vocations féminines, faute de modèles visibles.
- Il affaiblit la diversité dans la recherche et ralentit l’innovation.
- Il réécrit l’histoire des sciences au profit d’un récit masculinisé.
Des études récentes montrent encore que les articles cosignés par des femmes sont moins cités, et que les prix scientifiques continuent d’être largement attribués à des hommes, même dans des disciplines mixtes.
Des figures à redécouvrir
De nombreuses scientifiques à travers les années ont été victimes de cet oubli collectif ; une frise chronologique est d’ailleurs disponible afin de les découvrir.
Ces femmes - qu’on appelle parfois les “Matilda” - ont contribué à des avancées majeures dans la physique, les mathématiques, la biologie ou l’astronomie.
Leur reconnaissance actuelle repose sur un travail de réhabilitation historique : documentaires, livres, expositions et projets éducatifs redonnent enfin visage et nom à ces pionnières.
Un combat encore actuel
Si les mentalités évoluent, le combat contre l’effet Matilda n’est pas terminé.Les chercheuses contemporaines doivent encore lutter pour une reconnaissance équitable, l’accès aux financements et la parité dans les institutions.
Rappeler l’existence de ce biais, c’est aussi éveiller les consciences sur la manière dont la science s’écrit : qui parle ? qui découvre ? et surtout… qui est cité ?