K. Johnson

Photo de Katherine Johnson à son bureau

Katherine Johnson

Katherine Coleman Johnson (1918–2020) est une figure majeure de l’histoire de l’aérospatiale américaine, mais son nom est resté longtemps dans l’ombre.

Cet article retrace son parcours - de ses débuts précoces en mathématiques à ses années à la NASA - en mettant en lumière ses contributions scientifiques, les obstacles raciaux et sexistes auxquels elle a été confrontée, et le long chemin vers la reconnaissance tardive.

Jeunesse : un esprit mathématique en éveil

Katherine Coleman naît le 26 août 1918 à White Sulphur Springs, Virginie-Occidentale.

Très tôt, son goût pour les nombres se révèle : ses facultés intellectuelles exceptionnelles pour les mathématiques lui ont permis de sauter plusieurs classes.

Elle finira le lycée à l’âge de 14 ans, et finit par intégrer le West Virginia State College, où elle obtient une licence en mathématiques et en français dès 1937, à l’âge de 18 ans.

Elle enseigne ensuite les mathématiques à des lycées en Virginie-Occidentale, avant d’être recrutée, en 1953, par la NACA (National Advisory Committee for Aeronautics), l’ancêtre de la NASA.

Katherine Johnson travaillant sur un ordinateur

Photographie de Katherine Johnson travaillant au centre de recherche de Langley

À la NASA / NACA : défis et calculs

Lorsque Katherine Johnson intègre la NACA (à Langley), elle rejoint un groupe de “human computers (calculatrices humaines)” : des mathématiciennes chargées de faire manuellement des calculs scientifiques et techniques.

À cette époque, les lois de ségrégation “Jim Crow” imposent une séparation stricte entre les personnes de couleur blanche et noire dans de nombreux espaces publics aux États-Unis.

Y compris dans le centre Langley, les mathématiciennes noires étaient regroupées dans une section distincte : la West Area Computing Unit.

“À cette époque, les femmes devaient s'affirmer - avec assurance et agressivité - et le degré de cette affirmation dépendait de l'endroit où l'on se trouvait. Je devais l'être.”

-Katherine Johnson

Katherine au département informatique

Photographie de Katherine Johnson à la section West Area Computing Unit

Cette séparation n’était d’ailleurs pas seulement matérielle : elle incarnait les barrières institutionnelles.

Les femmes noires devaient souvent justifier davantage leurs compétences, se heurter à des préjugés de genre et de race, et naviguer dans un environnement où leur présence technique était parfois contestée implicitement ou explicitement.

Malgré cela, Katherine Johnson et ses autres collègues ont petit à petit franchi ces barrières : elles ont été progressivement invitées à intégrer des équipes mixtes, à participer à des réunions techniques, à collaborer sur des projets plus prestigieux.

Leurs calculs, pourtant indispensables, restaient souvent dans l’ombre du récit officiel de la conquête spatiale.

Une ombre oubliée : crédits et reconnaissances tardifs

Pendant des décennies, les récits dominants des missions spatiales ont mis en avant les astronautes, les ingénieurs et les chefs de projet - souvent des hommes blancs - tandis que les calculs réalisés par ces “human computers” - en particulier les femmes noires - n’étaient pas mentionnés, ou l’étaient de façon indirecte.

Katherine Johnson elle-même n’apparaît que rarement dans les publications, les communiqués de presse ou les récits institutionnels de la NASA des premières décennies. Ses apports, aussi nécessaires fussent-ils, ont été occultés - illustration typique de l’effet Matilda.

Ses apports, aussi nécessaires fussent-ils, ont été occultés - illustration typique de l’effet Matilda.

Ce n’est qu’à partir des années 2000 et surtout après la publication du livre “Hidden Figures” (et son adaptation en film) que son nom est devenu plus connu du grand public.

Elle a reçu de nombreuses distinctions - notamment la “Presidential Medal of Freedom” en 2015 par le Président des États-Unis Barack Obama en personne - et son histoire est aujourd’hui racontée comme un symbole de persévérance et de justice réparatrice.

Katherine Johnson recevant la médaille présidentielle de la liberté par Barack Obama

Photographie de Katherine Johnson recevant la “Presidential Medal of Freedom” par Barack Obama en 2015

De l’ombre à la lumière : le symbole que représente Katherine Johnson

De mathématicienne de l’ombre, Katherine Johnson est devenue une véritable icône du génie féminin. Son nom incarne aujourd’hui la persévérance, et la soif de reconnaissance des femmes scientifiques.

Elle symbolise ces pionnières qui ont dû prouver deux fois plus pour exister : en tant que femme, et en tant que femme noire.

Katherine Johnson a certes laissé derrière elle de grandes contributions pour l’aérospatial, mais son héritage dépasse largement le cadre technique.

Sa rigueur, sa logique ainsi que sa précision continuent d’inspirer les femmes ingénieures et scientifiques et les générations de jeunes filles qu’elles ont, elles aussi, leur place dans les sciences et dans l’histoire.

Son parcours nous pousse à reconsidérer la manière dont l’histoire des sciences est écrite : qui reçoit la reconnaissance, et qui en est exclu ?

Raconter Katherine Johnson, ce n’est pas seulement rendre hommage à une mathématicienne, c’est contribuer à la mémoire de toutes celles que l’histoire a laissées dans l’ombre.